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 Hitomi Kanehara, une Lolita de l'Orient extrême

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LP de Savy
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MessageSujet: Hitomi Kanehara, une Lolita de l'Orient extrême   Hitomi Kanehara, une Lolita de l'Orient extrême Icon_minitimeDim 9 Avr 2006 - 22:22

Une Lolita de l'Orient extrême

Astrid Eliard, 06 avril 2006, le Figaro Littéraire

La sulfureuse fiction de cette jeune romancière de 23 ans a ébranlé le Japon. Rencontre à Paris.

Quinze minutes de retard. Hitomi Kanehara arrive enfin. Elle arbore des cuissardes qui allongent ses jambes et raccourcissent sa jupe minuscule. Des mèches auburn ondulent sur ses épaules frêles, et de grands cils encadrent ses yeux de biche. Petit bout de femme de 23 ans, elle porte un immense sac à main dont Kate Moss a fait la fortune. Voilà Hitomi : un auteur de best-sellers dans une gravure de mode, une vedette qui refuse désormais de signer ses livres en public par crainte des groupies, une enfant qui supplie du regard son éditeur, présent à l'interview, de répondre aux questions épineuses.

Maquillage, cigarettes qu'elle fume en femme du monde, hauts talons, rien n'y fait, Hitomi semble à peine sortie de l'enfance. Elle en a pourtant brûlé les étapes, en persuadant ses parents de la laisser, à onze ans, quitter l'école. «Je voulais devenir écrivain, pour pouvoir m'immiscer dans les tréfonds de l'âme. J'ai compris que les études ne m'aideraient nullement dans cette entreprise, et voulu faire mon éducation par moi-même», explique-t-elle. Apprentie romancière quand les autres se contentent d'écrire en boucles rondes sur leurs cahiers, elle s'exerce au shô setsu, un genre littéraire qui s'apparente à l'autofiction. Une éducation subie lui aurait fait lire Tanizaki, Kenzaburô Oé, Kawabata ; celle qu'elle se choisit leur préfère des auteurs brûlants : Eimi Yamada, Murakami Ryû, les Bret Easton Ellis japonais, Georges Bataille et Rimbaud.

A dix-neuf ans, miss Kanehara envoie le manuscrit de Serpents et Piercings à un concours de fiction lancé par un journal littéraire. La victoire lui ouvre les portes d'une grande maison d'édition, Shueisha Inc, qui le publie. Son premier roman raconte l'histoire de Lui, une adolescente qui promène son spleen dans les salons de tatouages tokyoïtes, et comble son vide existentiel par les modifications corporelles. En 2004, le jury du prix Akutagawa se passionne pour cette héroïne. A vingt et un ans, la jeune autodidacte reçoit la plus prestigieuse des distinctions littéraires japonaises.

Certains voient d'un oeil sceptique ce prodige au minois poupin. D'autres accusent les jurés du prix Akutagawa, qui ont récompensé la même année deux très jeunes filles, Hitomi Kanehara et Risa Wataya, de complot médiatique. Des langues de vipère qui n'ont rien compris au complexe de la langue fourchue selon Azusa Takaghi, l'heureux éditeur. Les nuages et les critiques n'assombrissent pas le ciel bleu d'Hitomi : «C'était mon rêve qui se réalisait, ma vie en a été transformée.» La renommée du prix et l'âge de la romancière gagnent un public détourné de la littérature. Des lecteurs s'étonnent que le vénérable jury d'Akutagawa ait primé un livre aussi sulfureux que Serpents et Piercings. Le scandale enflamme le succès : les ventes de ce premier roman atteignent les deux millions d'exemplaires.

L'écriture n'est pas, chez Kanehara, le prolongement de son observation du réel, mais résulte d'un questionnement intime. Pour Serpents et Piercings, ses recherches se sont limitées à Internet, quelques rencontres, et la découverte qu'un tatouage pouvait générer une «nouvelle source d'énergie corporelle». Hitomi n'a pas étudié, encore moins jugé cette jeunesse désoeuvrée qu'elle décrit dans son livre. «La prostitution, l'alcoolisme, le sadomasochisme sont des choix personnels. Ce serait déplacé d'y porter un jugement.» Avec un détachement spectaculaire, elle parle de l'évolution naturelle des générations, dans laquelle l'individu n'a aucun rôle à jouer. Et d'ajouter : «Je m'intéresse davantage à mon cheminement personnel.» L'auteur refuse d'endosser le rôle de porte-étendard de la jeune génération. Cette dernière a pourtant reconnu une icône en ce personnage flottant et désengagé.

Alors que les premières ondes de choc du tsunami Kanehara déferlent sur l'Europe, le tumulte s'apaise au Japon, mais le succès demeure. «Hitomi a aujourd'hui un public fidèle et la critique se montre plus chaleureuse. Son troisième roman [qu'elle vient de publier au Japon], Amoebic, a été très bien accueilli», assure Azusa Takaghi. Cachée derrière ce masque d'impassibilité qui déroute tant les Occidentaux, Hitomi n'en dévoilera pas plus. Poupée de porcelaine au milieu des piercings, son mystère reste entier.
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